métempsycose-1-finalGenèse

À la fin des années 70, je rendais quotidiennement visite à mes grands-parents qui vivaient dans une rue voisine de la mienne. La rue du Haut-Pas à Dieppe.

Ils logeaient dans un appartement au premier ou au second étage : je ne sais plus. Souvent, je voyais ma grand-mère donner à manger aux oiseaux sur le bord de la fenêtre de sa cuisine. Un ensemble pour le moins hétérogène de volatiles avait pris ses habitudes et venaient quémander leur pitance chaque jour. On trouvait côte à côte pigeons, moineaux et bien sûr une mouette ; animal emblématique de la ville, assurant la bande son de la vie dieppoise. C’étaient apparemment les mêmes qui revenaient toujours et ma grand-mère leur parlait. Elle leur faisait la conversation.

Un jour, elle m’expliqua qu’en fait il ne s’agissait pas de n’importe quels oiseaux : ils étaient la réincarnation de personnes de sa famille (et donc de la mienne) qu’elle avait bien connu et qui étaient mortes il y avait plus ou moins longtemps. Évidemment leur apparence avait un peu changé, mais ils étaient pour elle reconnaissables car leurs attitudes primordiales étaient restées les mêmes. Ainsi la tante Léontine était toujours aussi pingre et revêche, l’oncle Marcel avare, l’oncle Fernand généreux et musicien, la tante Alice solide et joyeuse, Marraine mangeait toujours autant etc. etc.

Elle reconnaissait ses morts qui lui rendaient visite. Elle leur faisait ses petites offrandes et tous ces oiseaux se retrouvaient prénommés. Métempsycose dieppoise.

Donc apparemment, dans ma famille, nos âmes transmigrent dans des oiseaux.

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