Du dessin au dessein de Philippe Caillaud
Philippe Caillaud fait partie de ces artistes qui aiment investir un champ plus vaste dans la pratique du dessin.Il se réfère également au passé de manière décomplexée. Choisissant de se réapproprier les techniques traditionnelles il peut savourer la virtuosité technique tout en y introduisant un point d’ironie. Son travail de dessin précis, vif, voire même méticuleux lui permet d’emmener son « regardeur » vers un univers plus déroutant qu’il n’y paraît à première vue. Il requiert de notre part de prendre le temps d’observer de scruter ses paysages et objets familiers dans lesquels il fait entrer l’absurde. Il déroute par ses rapprochements singuliers. Dans l’ensemble de sa démarche un peu de surréalisme se laisse percevoir, on y trouve un petit goût de Magritte ou de Max Ernst. Un travail qui emprunte au merveilleux, à la fantaisie avec humour et légèreté. Artiste espiègle, il introduit de l’esprit dans le quotidien. Le travail de Philippe Caillaud entre véritablement dans la notion de « mythologie personnelle » qui exprime le passage, la modification du quotidien vers l’individuel, pour atteindre le personnel c’est-à-dire l’intime. C’est alors, dans le processus de création, que peut se réaliser l’élaboration de ce glissement entre mythe collectif et mythe personnel. Mais la réciproque est également vraie puisqu’en traitant de ses symboles propres, il va permettre à tout individu de se retrouver ou de se reconnaître dans ses peurs, ses joies ou ses questionnements.
Il aime résolument la pratique du dessin et fonctionne par projets qu’il poursuit sur un temps plus ou moins long selon qu’il épuise rapidement le sujet ou que celui-ci lui laisse le loisir de s’étendre à sa guise. C’est l’imagination qui gouverne. L’esprit d’escalier et la litote se disputent le second rôle. Sous un certain aspect classique, il semble parler par sous-entendus. Sa ligne est simple claire, évidente même, pour laisser plus de possibilité de s’échapper par le regard comme la pensée. Pour mettre en forme sa mythologie personnelle Philippe Caillaud adapte son médium à son idée, aussi utilise-t-il l’encre de chine sur papier ivoire ou ancien, la vidéo, la poudre de riz, la faïence de style Quimper, le dessin à la plume, le dessin vectoriel, la découpe laser, l’intervention sur cartes postales anciennes, la sérigraphie, le papier peint… Il allie le dessin au dessein. Les images qui naissent sont sobres, il affectionne une esthétique minimaliste au service d’une curiosité porté sur notre environnement contemporain. Il joue des images comme d’autres des mots.
Isabelle de Maison Rouge