UN CONTEXTE DRAMATIQUE 

Depuis la nuit des temps une tragédie pénible et même insupportable se déroule chaque année, entre septembre et novembre, au fond des bois, dans les parcs, dans les jardins et au bord des routes.

Les sanglots longs de l’automne sont ceux des feuilles blessées par leur chute. Et l’on ne compte plus les luxations de nervures, les fractures de tiges, les foulures de pétiole, les déchirures du limbe, les hémorragies de sève. Ce qui berce mon coeur d’une langueur monotone. Bien pire, la plupart du temps, à cause de leur chute, les feuilles des arbres meurent. De plus leurs innombrables dépouilles sont traitées avec mépris : j’ai ainsi pu observer en novembre, des scènes d’une barbarie sans nom ; les feuilles mortes se ramassent à la pelle.

Les souvenirs et les regrets aussi.

NÜAJ 

Il était donc urgent et essentiel de prendre ce problème à bras le corps. Il fallait trouver une solution efficace et durable. J’ai donc commencé une étude en 2011 afin d’amortir la chute de ces bonnes feuilles et de leur assurer un atterrissage confortable, élégant et paisible.

Tout comme je l’avais fait lorsque j’avais créé les Lépidohomes (nichoir de nuit pour papillon de jour) j’ai étudié les formes et les matières les plus adaptées pendant plusieurs années. Ce projet s’inclut donc naturellement dans ma démarche de designer inutile démarrée, définie et déposée en 2008. «Le design inutile consiste à créer quelque chose de fonctionnel et beau en utilisant les méthodes propres aux designers. Mais cette création se fait sans illusion sur l’utilité réelle de l’objet réalisé. La recherche se fait très consciencieusement en tenant compte de l’ergonomie, d’une étude fonctionnelle, de la spécificité des matériaux, de la communication des couleurs. Le travail est souvent remis en question pour arriver à la solution la plus pertinente»

Les Nüaj sont des coussins-balançoires destinés à être suspendus dans les arbres. Ils sont conçus uniquement pour amortir la chute des feuilles. Tout autre usage est formellement interdit. Ils sont installés à demeure dans un esprit de prudence.

Ces objets s’appellent Nüaj et font partie d’un projet de design inutile plus large intitulé «Protéger la nature» Ces oeuvres sont pleines de bon sentiment, c’est indéniable, mais c’est de leur caractère nécessaire dont on est en droit de douter.

ATTENTION 

Je tiens dès maintenant à prévenir les âmes sensibles que malgré tous mes efforts je n’arriverai pas à sauver toutes les feuilles ! Mon travail reste modeste mais j’ai le mérite d’agir. J’ai la volonté de faire quelque chose alors que face à ce problème écologique grave on ne peut observer que beaucoup trop d’indifférence.

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