Design inutile 1 – Lépidohomes

Le discours de Nantes

Prononcé au Muséum D’Histoire Naturelle le 1er juillet 2010

 

Un jour, tenaillé par le syndrome de Zorro, j’ai voulu résolument réparer une injustice. Dans les jardins il arrive que les oiseaux disposent d’abris en forme de maisons qu’on appelle des nichoirs. Ces mangeurs d’insectes sont donc logés et parfois même, quand la bise vient, nourris. Certains jardins font donc hôtel restaurant pour ces prédateurs emplumés et pour les insectes, en particulier les papillons : rien. Il fallait absolument faire quelque chose. J’ai donc conçu des nichoirs à papillons ; les LÉPIDOHOMES. Lépido de lépidoptères et home comme « home sweet home ». Ainsi sont apparues des maisons de nuit pour papillons de jour et des maisons de jour pour papillons de nuit puisque ce ne sont pas les mêmes types d’insectes, qu’ils n’ont pas les mêmes existences, ni les mêmes morphologies donc forcément pas les mêmes maisons. Ici, il ne s’agit que de Lépidohomes pour papillons de jour, ceux pour papillons de nuits sont encore à l’étude.

La conception de ces nichoirs particuliers s’est faite de façon très méthodique. Une étude fonctionnelle a été réalisée suivant les actions des lépidoptères. Les proportions, les mesures et les formes sont ergonomiques. Les matériaux utilisés sont actuels et résistants à tous les temps. Ils ont été testés dans ce sens. Les Lépidohomes sont réalisés en alucobon : matériau contemporain constitué de deux fines couches d’aluminium et d’une âme en mousse. Les couleurs ont été choisies pour leur élégance afin de contenter et séduire les papillons. La formes et les couleurs font ainsi références à l’architecture urbaine du XVe siècle que l’on trouve représenté dans les fresques des primitifs italiens, en particulier siennois, comme Giotto ou les frères Lorenzetti.

J’ai donc en somme travaillé comme un designer. À la différence près que je ne me suis jamais fait d’illusion sur la fonctionnalité de ces maisons. Les papillons ne sont guère des animaux d’intérieur et il y a peu de chance qu’une de ces bestioles s’installe dans ce type d’habitat. Moins de chance encore qu’une chenille grimpe tout le long de la tige de trois mètres, entre sous le Lépidohome par le trou prévu à cet effet, se fixe sur la tige intérieure et effectue sa métamorphose. C’est donc ainsi qu’est apparu le concept de DESIGN INUTILE.

Le Design Inutile consiste à travailler rationnellement, comme tout bon designer digne de ce nom, pour créer quelque chose de totalement utopique voir absurde. Il s’agit aussi de travailler beaucoup en ne perdant pas l’objectif de la fonctionnalité sachant bien qu’il n’y a strictement aucune chance pour que ce travail serve à quelque chose.

Abriter les papillons est une tentative de participation au développement de la biodiversité, ça part d’un bon sentiment mais, il faut l’avouer, on a certainement vu plus efficace.

lepidos

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